samedi 3 avril 2010

Procès contre des animaux


« Procès extraordinaire qui a eu lieu entre les Frères mineurs de la province de Piedade no Maranhao et les fourmis dudit territoire. »

( … ) Le procureur du petit peuple noir, répliquant à ces conclusions,allégua avec justice pour ces clients, en premier lieu : qu’ayant reçu du Créateur le bienfait de la vie, elles avaient le droit naturel de la conserver par les moyens que le Seigneur lui-même leur avait enseignés

--Item, que dans la pratique et l’éxecution de ces moyens, elles servaient le Créateur en donnant aux hommes l’exemple des vertus qu’il leur a ordonnées, savoir, de la prudence en pensant à l’ avenir et en économisant pour les temps de misère :Formicae populus infirmus, qui proerarat in messe cibum bsi ( Prov, XIX, 25 ) ; de la diligence, en amassant en cette vie des mérites pour la vie future selon saint Jérôme : Formica dicitur strenuus puisque et providus operarius, qui presenti vita ,velut in oestate, fructus justitioe quos in oeternum recipiet sibi recondit ; de la charité, en s’aidant les unes les autres, quant la charge est plus grande que leurs forces ( … )

– Item, que la peine qu’elles avaient dans leurs travaux était beaucoup plus rude que celle des demandeurs pour recueillir, parce que la charge était bien souvent plus grande que leur corps, et leur courage supérieur à leur forces.

-- Item, que, en admettant qu’ils fussent des frères plus nobles et plus dignes, cependant devant Dieu ils n’étaient que des fourmis, et que l’avantage de la raison compensait à peine leur faute d’avoir offensé le Créateur en n’observant pas les lois de la raison aussi bien qu’elles observaient celle de la nature ; c’est pourquoi ils se rendaient indignes d’être servit et secourut par aucune créatures, car ils avaient commis un plus grand crime en portant atteint de tant de façons à la gloire de Dieu, qu’elles ne l’avaient fait en dérobant leur farine.

—Item,qu’elles étaient en possession des lieux avant que les demandeurs ne s’y établissent, et par conséquent qu’elles ne devaient pas en être expulsées, et qu’elles appelleraient de la violence qu’on leur ferait devant le trône du divin Créateur, qui a fait les petits comme les grands et qui a assigné à chaque espèce son ange gardien. – Et enfin qu’elles concluaient que les demandeurs défendissent leur maison et leur farine par des moyens humains, qu’elles ne leur contestaient pas ; mais que malgré cela elles continueraient leur manière de vivre, puisque la terre et tout ce qu’elle contient est au Seigneur et non au demandeur : Domini est terra et plenitudo ejus.

Cette réponse fut suivie de répliques et de contre-répliques, de telle sorte que le procureur des demandeurs se vit contraint d’admettre que le débat étant ramené au simple for des créatures, et faisant abstraction de toutes raison supérieures par esprit d’humilité, les foumis n’étaient pas dépourvues de tout droit.

C’est pourquoi le juge, vu le dossier d’instruction, après avoir médité d’un cœur sincère ce qu’exigeait la justice et l’équité selon la raison, rendit un jugement par lequel les frères furent obligés de fixer dans leurs environs un champ convenable pour que les fourmis y demeurassent, et que celles-ci eussent à changer d’habitation et à s’y rendre de suite, sous peine d’excomunication majeure ( … )

Cet arrêt rendu, un autre religieux, par ordre du juge, alla le signifier à haute voix devant les ouvertures des fourmilières. Chose merveilleuse et qui prouve combien l’Être Suprême, dont il est écrit qu’il joue avec ses créatures : Ludens in orbe terrarum, fut satisfait de cette demande,immédiatement : It nigrum campis agem, on vit sortir en grande hâte des milliers de ces petits animaux qui, formant de longues et épaisses colonnes, se rendirent directement au champs qui leur était assigné, en abandonnant leurs anciennes demeures ( … )

Manoel Bernardes ajoute que cette sentence fut prononcée le 17 janvier 1713, et qu’il a vu et compulsé les pièces de cette procédure dans le monastère de Saint-Antoine, où elles étaient déposées. ( … )

Gallica

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