mercredi 8 juillet 2015

Réchauffement climatique : les marchands de doute



Comment on a façonné l’opinion publique en lui instillant du doute sur des sujets où il n’y en avait plus, pour retarder l’adoption de mesures.
Les stratégies dilatoires mises en oeuvre dans le cas du tabac, les pluies acides, le tabagisme passif et, cerise sur le gâteau, le réchauffement climatique.





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Le travail de Santer s’apparente à une recherche d’« empreintes digitales » – car les variations naturelles du climat laissent des traces différentes de celles produites par les gaz à effet de serre. Santer recherche ces empreintes. La plus importante concerne les deux parties de notre atmosphère : la troposphère – la couche la plus chaude proche de la surface de la Terre –, et la stratosphère  – plus fine, plus froide, au-dessus. La physique nous dit que si le Soleil était la cause du réchauffement global – ce que certains sceptiques continuent de croire –, la stratosphère et la troposphère verraient toutes deux leur température augmenter car la chaleur arrive par le haut. Mais si les gaz à effet de serre émis par la surface et piégés pour l’essentiel dans la basse atmosphère sont la cause du réchauffement, alors on s’attend à ce que la troposphère se réchauffe et que la stratosphère se refroidisse.

Santer et ses collègues ont montré qu’il en est bien ainsi : la troposphère se réchauffe et la stratosphère se refroidit. En fait, dans la mesure où la limite entre ces deux couches est en partie définie  par la température, on observe que cette limite se déplace vers le haut. En d’autres termes, c’est toute la structure de notre atmosphère qui change. Ces résultats seraient incompréhensibles si le coupable était le Soleil. Ils montrent que les changements que nous constatons dans notre climat ne sont pas d’origine naturelle. (…)


 Santer jouit d’une réputation scientifique irréprochable. Jusque là, personne ne lui avait jamais, ni de près ni de loin, reproché le moindre comportement douteux, mais à cette occasion, un groupe de physiciens lié à un think tank  de Washington l’accusa d’avoir falsifié son rapport de sorte que les conclusions scientifiques paraissent plus fermement établies qu’elles ne l’étaient vraiment. Ils rédigèrent des rapports l’accusant d’avoir « fait le ménage », en expurgeant le texte des opinions scientifiques contraires.  Ils publièrent des rapports, intitulés « Les suites de la controverse climatique » ou « Des documents falsifiés », dans des revues comme Energy Daily  ou The Investor’s Business Daily . Ils écrivirent aux membres du Congrès et à des dirigeants du département de l’Énergie pour que Santer soit exclu de son laboratoire. La charge publique la plus forte – et la plus médiatisée – fut une opération menée dans le Wall Street Journal . Santer y fut accusé d’avoir porté les changements en question pour « tromper les décideurs et le public ».  Santer avait bien  porté des changements, mais aucunement dans l’objectif de tromper quiconque. Ils avaient été faits à la suite des relectures de collègues scientifiques. (…)

 Santer tenta de se défendre dans une lettre à l’éditeur du Wall Street Journal  – lettre qui fut signée par vingt-neuf coauteurs, tous scientifiques reconnus, dont le directeur du Programme américain de recherche sur le changement global. La Société américaine de météorologie rédigea une lettre ouverte à Santer, l’assurant que les attaques dont il était victime étaient totalement injustifiées.  Bert Bolin, fondateur et président du GIEC, confirma l’explication de Santer dans une lettre qu’il adressa personnellement au Journal , soulignant que les accusations étaient proférées sans la moindre justification, que les accusateurs ne l’avaient pas contacté, lui, ni aucun autre responsable du GIEC, ni aucun scientifique impliqué dans la vérification des faits. S’ils avaient « simplement pris le temps de se familiariser avec les règles de procédure du GIEC », écrivit-il, ils auraient compris qu’aucune règle n’avait été violée, aucune procédure transgressée, aucune faute commise.




QUELQUES ANNÉES PLUS TARD, en lisant son journal du matin, Santer tomba sur un article qui relatait la façon dont des scientifiques avaient participé à une opération organisée par l’industrie du tabac dans le but de discréditer tout élément scientifique reliant le tabac au cancer. L’idée, expliquait l’article, était de « maintenir la controverse active ».  Tant qu’il y avait un doute sur le lien causal, l’industrie du tabac pourrait éviter d’être poursuivie en justice et échapper à toute régulation. Santer trouva que cette histoire ressemblait étrangement à la sienne. Il avait raison.

Mais il y avait plus. Non seulement la tactique était la même, mais les gens aussi étaient les mêmes. Les attaques les plus virulentes contre lui avaient été menées par deux physiciens en retraite, deux Fred : Frederick Seitz et S. (Siegfried) Fred Singer. Seitz était un physicien du solide, qui avait acquis sa notoriété pendant la Seconde Guerre mondiale en participant à la construction de la bombe atomique ; plus tard, il devint président de l’Académie nationale des sciences. Singer était un physicien –en fait, le scientifique des fusées caricatural –, qui devint une figure emblématique du développement des satellites d’observation de la Terre. Il fut le premier directeur du Service national des satellites météorologiques puis directeur scientifique au département des Transports de l’administration Reagan. 

 Tous deux étaient des « faucons » extrémistes, profondément persuadés de la gravité de la menace soviétique et de la nécessité de défendre les États-Unis par le déploiement d’armes de haute technologie. Tous deux participaient à un think tank conservateur de Washington, l’Institut George C. Marshall, fondé pour promouvoir l’Initiative de défense stratégique de Ronald Reagan (SDI, ou « Guerre des étoiles »). Et tous deux avaient naguère travaillé pour l’industrie du tabac, l’aidant à instiller le doute quant aux risques mortels du tabagisme.


http://www.les-crises.fr/les-marchands-de-doute/

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