vendredi 29 mai 2009

" Petit cours d'autodéfense intellectuelle " de Normand Baillargeon


En France, 48% des gens croient à l’existence d’un ou de plusieurs phénomènes paranormaux pendant que 50% des professeurs d’université croient à de tels phénomènes — ce qui constitue un taux supérieur à la moyenne de la population; les moins crédules sont les agriculteurs qui rejettent de telles croyances à 80%. Dans des travaux crédibles et souvent cités, Henri Broch a montré qu’à l’université le secteur de l’éducation était le plus crédule.(...)

Au début des années soixante-dix, le docteur Fox a prononcé, à trois occasions, une conférence intitulée: “La théorie mathématique des jeux et son application à la formation des médecins”. Il s’est exprimé devant un total de 55 personnes, toutes hautement scolarisées: travailleurs sociaux, éducateurs, administrateurs, psychologues et psychiatres. Son exposé durait une heure et était suivi de 30 minutes d’échanges. Un questionnaire était ensuite administré pour connaître l’opinion de l’auditoire sur l’exposé du docteur. Tous les participants l’ont trouvé clair et stimulant. Aucun n’a remarqué que cette conférence était un tissu de sottises. Ce qu’elle était pourtant.

Le docteur Fox était en fait un comédien. Il avait l’air très distingué et parlait sur un ton autoritaire et convaincu. Mais le texte qu’il disait, appris par cœur et portant sur un sujet auquel il ne connaissait absolument rien, était truffé de mots vagues, de contradictions, de fausses références, de renvois savants à des concepts n’ayant pas de rapport avec le sujet traité, de concepts creux et ainsi de suite. Bref: du vent, des contradictions et de la pompeuse insignifiance.

Chroniques de Normand Baillargeon (pdf )

jeudi 28 mai 2009

"Mon testament " par Mr le curé Jean Meslier ( 1729 )




"Il serait juste que les grands de la terre et que tous les nobles fussent pendus et étranglés avec les boyaux de prêtres. Cette expression ne doit pas manquer de paraître assez rude et grossière, mais il faut avouer qu'elle est franche et naïve. Elle est courte, mais elle exprime assez, en peu de mots, tout ce que ces sortes de gens-là méritent. 




"Il n'y a que la barbarie la plus sauvage, il n'y a que la plus insigne fourberie, il n'y a que l'ambition la plus aveugle qui ait pu faire imaginer le dogme de l'éternité des peines. S'il existait un Dieu que l'on peut offenser ou blasphémer, il n'y aurait pas sur la terre de plus grands blasphémateurs, que ceux qui osent dire que ce Dieu est un tyran assez pervers pour se complaire pendant l'éternité aux tourments inutiles de ses faibles créatures."(...)

« C’est comme si on disait qu’un Dieu infiniment sage et infiniment bon se serait offensé contre les hommes et qu’il se serait rigoureusement irrité contre eux pour un rien (croquer dans un fruit) et pour une bagatelle, et qu’il se serait miséricordieusement apaisé et réconcilié avec eux par le plus grand de tous les crimes ? Par un horrible déicide qu’ils auraient commis, en crucifiant et en faisant cruellement et honteusement mourir son cher et divin fils ? »(...)

D'ailleurs combien les auteurs que l'on nomme profanes, Xénophon, Platon, Cicéron, l'Empereur Antonin, l'Empereur Julien, Virgile etc. sont-ils au-dessus de ces Livres qu'on nous dit inspirés de Dieu! Je crois pouvoir dire que quand il n'y aurait, par exemple, que les fables d'Esope, elles sont certainement beaucoup plus ingénieuses et plus instructives que ne le sont toutes ces grossières et basses paraboles, qui sont rapportées dans les Evangiles.(...)

« S’il y avait véritablement quelque divinité ou quelque être infiniment parfait, qui voulut se faire aimer, et se faire adorer des hommes, il serait de la raison et de la justice et même du devoir de ce prétendu être infiniment parfait, de se faire manifestement, ou du moins suffisamment connaître de tous ceux et celles dont il voudrait être aimé, adoré et servi. »

"Il n'y a rien de si abject, de si pauvre, de si méprisé que les paysans de France: ils sont les esclaves des grand et des nobles, sans compter ce que les ecclésiastiques exigent injustement de ces pauvres malheureux."
"On a bien raison de comparer ces gens-là à des vermines, car ils ne font que tourmenter, ronger et manger le pauvre peuple. La religion se fait leur complice. Elle menace les ignorants du diable, comme si les diables pouvaient être plus hideux que tous les beaux messieurs, grands et nobles, que toutes les belles demoiselles, parées, frisées et poudrées, qui sont les plus grands ennemis du peuple et lui font tant de mal."(...)

A quoi sert qu'ils se déguisent sous tent de diverses et ridicules formes d'habits, qu'ils s'enferment dans des cloîtres, qu'ils marchent pieds nus, qu'ils se donnent la discipline, qu'ils aillent à certaines heures du jour ou de la nuit chanter psaumes et cantiques? Les oiseaux sauvages chantent et ramassent assez dans les champs et dans les bois. Les peuples n'ont que faire de nourrir tant de gens pour ne faire que chanter dans les temples."(...)

" Si les hommes possédaient et jouissaient également en commun des richesses, des biens et de commodités de la vie, s'ils s'occupaient unanimement tous à quelque honnête et utile travail, ils vivraient tous heureux et contents, car la terre produit assez abondamment pour les nourrir et les entretenir; personne ne serait en peine ni pour soi, ni pour ses enfants de savoir où il logerait, peronne n'aurait à se tuer soi-même par des excès de fatigue et de travail."(...)

"Sur quelles bases ont-ils fondé cette prétendue certitude de l'existence d'un Dieu? Sur la beauté, l'ordre, sur les perfections des ouvrages de la nature? Mais pourquoi aller chercher un Dieu invisible et inconnu pour créateur des êtres et des choses, alors que les êtres et les choses existent et que, par conséquent, il est bien plus simple d'attribuer la force créatrice, organisatrice, à ce que nous voyons, à ce que nous touchons, c'est à dire à la matière elle-même? Toutes les qualités et puissances qu'on attribue à un Dieu placé en dehors de la nature, pourquoi ne pas les attribuer à la nature même qui est éternelle?"
"Rien ne se crée. Rien ne se perd. Le temps ni l'espace n'ont été créés: car si un être avaoit créé le temps, il eût fallu qu'il fût hors du temps et rien ne peut être hors du temps. Pour créer l'espace, il eût fallu qu'il fût hors de l'espace, et rien ne peut être hors de l'espace. Enfin pour créer la matière, il eût fallu qu'il fût hors de la matière et rien ne peut être hors la matière."
"Le monde est un mélange confus de bien et mal; il s'ensuit évidemment qu'il n'a pas été créé par un être infiniment parfait, et, par conséquent, il n'y a pas de Dieu."(...)

Ah! l'autre vie! l'âme immortelle! Est-ce que nous ne sentons pas, intérieurement et extérieurement par nous-mêmes, que nous ne sommes que matière, et que nos pensées les plus spirituelles ne sont que de la matière de notre cerveau, qu'elles sont le résultat de sa constitution matérielle et que ce que nous appelons notre âme n'est en réalité qu'une portion de la matière, la plus délicate et la plus subtile?"
"L'âme n'est ni spirituelle ni immortelle. Elle est matérielle et mortelle aussi bien que le corps. Il n'y a donc point de récompense à espérer ni de châtiments à craindre après cette vie. Il n'y a point de bonté souveraine pour récompenser les justes et les innocents, point de justice souveraine pour punir les méchants. Il n'y a point de Dieu."

"Mais il y a l'homme, il y a la terre, il y a la vie, il y a le sentiment de l'équilibre et de la justice, et c'est sur cette terre qui lui appartient, dans cette vie qui est sienne, que l'homme doit réaliser la justice, le bonheur, la solidarité et la fraternité universelles. Ce n'est pas en Dieu que l'homme doit chercher la puissance, la bonté, la perfection, c'est en lui-même: par l'instruction il deviendra savant, c'est à dire puissant; par l'éducation, il se fera juste, c'est à dire bon; par l'aide mutuelle et la solidarité, il réalisera sur la planète qui est son domaine la perfection possible. Il faut avoir le courage de rejeter toutes les idées préconçues et surtout d'effacer ce préjugé de la perfection des choses actuelles, comme ayant été créées définitivement par l'ordre d'un Dieu. Tout est en mouvement, tout se transforme, tout progresse."

Jean Meslier

UQAC

mardi 26 mai 2009

"déterminisme économique de Karl Marx" de Paul Lafargue (1909)


Leucippe et son disciple Démocrite, cinq siècles avant Jésus-Christ, introduisirent la. conception de l'atome pour comprendre la constitution de l'esprit et de la matière, et pendant plus de deux mille ans les philosophes, au lieu de songer à recourir à l'expérience pour éprouver l'hypothèse atomique, discutèrent sur l'atome en soi, sur le plein de la matière, indéfiniment continue, star le vide et le discontinu. etc., et ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle que Dalton utilisa la conception de Démocrite pour expliquer les combinaisons chimiques.

L'atome, dont les philosophes n'avaient su rien faire, devint entre les mains des chimistes "un des plus puissants outils de recherche que la raison humaine ait su créer".(...)
On ne peut citer un plus mémorable exemple de la stérilité des discussions verbales et de la fécondité de l'expérience. L'action dans le monde matériel et intellectuel est seule féconde : "Au commencement était l'action".

Le déterminisme économique est un nouvel outil, mis par Marx à la disposition des socialistes pour établir un peu d'ordre dans le désordre des faits historiques que les historiens et les philosophes ont été incapables de classer et d'expliquer. Leurs préjugés de classe et leur étroitesse d'esprit donnent aux socialistes le monopole de cet outil ; mais ceux-ci avant de le manier veulent se convaincre qu'il est absolument parfait et qu'il peut devenir la clef de tous les problèmes de l'histoire ; à ce compte, ils pourront, leur vie durant, continuer à discourir et à écrire des articles et des volumes sur le matérialisme historique, sans avancer la question d'une idée.
Les hommes de science ne sont pas si timorés ; ils pensent "qu'au point de vue pratique, il est d'importance secondaire que les théories et les hypothèses soient correctes, pourvu qu'elles nous guident à des résultats s'accordant avec les faits" 1. La vérité, après tout, n'est que l'hypothèse qui opère le mieux : souvent l'erreur est le plus court chemin à une découverte.(…)
Les physiciens peuvent aujourd'hui s'apercevoir que l'hypothèse de Démocrite est insuffisante pour comprendre les phénomènes récemment étudiés, cela n'empêche qu'elle a servi à éditer la chimie moderne.
(...)
Mais la Bourgeoisie victorieuse n'eut pas le courage de le prendre pour divinité poliade ; elle rafistola Dieu, que la Raison avait endommagé, et le remit en honneur ; cependant n'ayant pas une entière foi en sa toute puissance, elle lui adjoignit un troupeau de demi-dieux, - Progrès, Justice, Liberté, Civilisation, Humanité, Patrie, etc. - qui furent chargés de présider aux destinées des nations ayant secoué le joug de l'Aristocratie. Ces dieux nouveaux sont des Idées, des "Idées-forces", des "Forces impondérables". (…)

"Enfin, et pour la première fois, s'écriait Hegel, la Raison allait gouverner le monde". Les bourgeois de 1793 la déifièrent : déjà, aux débuts de la période bourgeoise dans le monde antique, Platon la déclarait supérieure à la Nécessité (Timée) et Socrate reprochait à Anaxagoras d'avoir, dans sa cosmogonie, tout expliqué par des causes matérielles, sans avoir fait aucun emploi de la Raison, dont on pouvait tout aspirer (Phédon). La domination sociale de la Bourgeoisie est le règne de la Raison. (...)

Un fait frappe tout d'abord : souvent un même mot est usité pour désigner une idée abstraite et un objet concret. Les mots qui dans les langues européennes signifient les biens matériels et la ligne droite veulent aussi dire le Bien moral et le Droit, le Juste :
Ta agatha (grec), les biens, les richesses ; to agathon, le Bien.
Bona (latin), les biens ; bonum, le Bien.
Goods (anglais), les biens ; the good, le Bien, etc...

UQAC

vendredi 22 mai 2009

"Peur de la jeunesse et de l'excès de liberté"


"Nous sommes aujourd'hui en pleine décadence. Les jeunes ne respectent plus leurs parents. Ils sont grossiers et impatients. Ils ont souvent élu domicile dans des tavernes et ne savent plus se contrôler".

Gravure sur une tombe égyptienne ( - 4000 av J.C. )

Des bassines et du zèle

Que, répondis-je, le père s'habitue à devoir traiter son fils d'égal à égal et à craindre ses enfants, le fils s'égale à son père, n'a plus honte de rien et ne craint plus ses parents, parce qu'il veut être libre ; le métèque s'égale au citoyen et le citoyen au métèque, et la même chose pour l'étranger.
C'est bien ce qui se passe, dit-il.
À tout cela, dis-je, s'ajoutent encore ces petits inconvénients : le professeur, dans un tel cas, craint ses élèves et les flatte, les élèves n'ont cure de leurs professeurs, pas plus que de tous ceux qui s'occupent d'eux ; et, pour tout dire, les jeunes imitent les anciens et s'opposent violemment à eux en paroles et en actes, tandis que les anciens, s'abaissant au niveau des jeunes, se gavent de bouffoneries et de plaisanteries, imitant les jeunes pour ne pas paraître désagréables et despotiques.
C'est tout à fait ça ! dit-il.
Mais en fait, dis-je, le comble, mon très cher, de l'excès de liberté, tel qu'il apparaît dans une telle cité, c'est quand ceux et celles qui ont été achetés ne sont en rien moins libres que ceux qui les ont achetés. Et dans les relations des hommes avec les femmes et des femmes avec les hommes, le point où en arrivent l'égalité des droits et la liberté, nous étions près de n'en quasiment rien dire !

Platon, La République, VIII, 562b-563e ( - 372 av J.C. )

"Ils n'ont aucun respect pour les parents ou les personnes âgées. Ils s'impatientent contre toute contrainte. Ils parlent comme s'ils savaient tout, et ce qui nous semble sage à nous est folie pour eux. En ce qui concerne les filles, elles sont effrontées, impudiques et sont mal élevées en paroles, en comportement et en habillement."

Sermon de Pierre l'Hermite ( 1274 )

Le réflexe professionnel du sociologue est de rappeler que les divisions entre les âges sont arbitraires. C'est le paradoxe de Pareto disant qu'on ne sait pas à quel âge commence la vieillesse, comme on ne sait pas où commence la richesse. En fait, la frontière entre jeunesse et vieillesse est dans toutes les sociétés un enjeu de lutte. Par exemple, j'ai lu il y a quelques années un article sur les rapports entre les jeunes et les notables, à Florence, au XVIème siècle, qui montrait que les vieux proposaient à la jeunesse une idéologie de la virilité, de la virtú, et de la violence, ce qui était une façon de se réserver la sagesse, c'est-à-dire le pouvoir. De même, Georges Duby montre bien comment, au Moyen Age, les limites de la jeunesse étaient l'objet de manipulations de la part des détenteurs du patrimoine qui devaient maintenir en état de jeunesse, c'est-à-dire d'irresponsabilité, les jeunes nobles pouvant prétendre à la succession. "


la jeunesse n’est qu’un mot par Pierre Bourdieu


La « jeunesse » n'est qu'un mot
Pierre B



La « jeunesse » n'est qu'un mot
Pierre Bourdieu

jeudi 21 mai 2009

« Information and Environmental Warfare »


"Imaginons qu'en 2025 les Etats-Unis combattent depuis de plusieurs années un puissant cartel sud-américain de la drogue bénéficiant d'importants appuis politiques. Ce cartel a pu acquérir, sur le marché d'occasion, des centaines d'avions de chasse russes et chinois qui ont jusqu'à présent contrecarré toutes les tentatives américaines d'attaques de leurs installations de production.(…)

L'analyse des observations météorologiques révèle que cette région équatoriale d'Amérique du Sud se caractérise par des orages quotidiens, chaque après-midi, durant toute l'année. Les services de renseignement ont confirmé que les pilotes du cartel sont très réticents à voler dans de telles conditions. Par conséquent, les "Weather Force Support Element" (WFSE), sous l'autorité du commandant en chef (Commander in Chief, CINC) du Centre des Opérations aériennes (Air Operations Center, AOC), a reçu pour mission de prévoir la trajectoire des orages et de déclencher, ou d'intensifier les zones d'orages au-dessus des cibles (…)Le WFSE contrôle l'ensemble des opérations en temps réel et enregistre l'achèvement avec succès d'une nouvelle mission de modification des conditions mé- téorologiques d'une opération militaire; une mission importante, mais routinière en cette année 2025."

"Weather as a Force Multiplier : Owning the Weather in 2025".

"... Avant la moitié du 21ème siècle, il y aura de fait une explosion dans le domaine de la neurologie. ... On peut envisager le développement de sources d'énergie électromagnétiques, dont le signal peut être pulsé, mis en forme et dirigé, qui pourront être couplées avec le corps humain d'une manière qui permettra d'empêcher les mouvements musculaires volontaires, de contrôler les émotions (et les actions), d'endormir, de transmettre des suggestions, d'interférer avec la mémoire de court comme de long terme, de produire l'acquisition d'expériences, ou d'effacer des expériences acquises. Ceci ouvrira la porte au développement de nouvelles capacités qui pourront être utilisées dans un conflit armé, une action terroriste ou une prise d'otages, et pour la formation ... Il apparaîtrait aussi possible de créer un discours de haute fidélité dans le corps humain, potentialisant une suggestion ou une direction psychologique. Lorsqu'une pulsation micro-onde haute puissance, de l'ordre du gigahertz, atteint le corps humain, une très petite élévation de température apparaît. Celle-ci est associée à une soudaine expansion des tissus légèrement échauffés. Cette expansion est suffisamment rapide pour provoquer une onde acoustique. Si un courant pulsé est utilisé, il devrait être possible de créer un champ acoustique interne dans la gamme des 5 à 15 kilohertz, qui est audible. Donc, il peut être possible de "parler" à des adversaires choisis, d'une façon qui serait la plus perturbante pour eux…

"Biological Process Control" par le Scientific Advisory Committee de l'U.S. Air Force ( 1996 )

S’agissant des aspects juridiques des activités militaires

23. demande à l’Union européenne de faire en sorte que les nouvelles techniques d’armes dites non-létales et le développement de nouvelles stratégies d’armements soient également couverts et régis par des conventions internationales;
24. considère que le projet HAARP (High Frequency Active Auroral Research Project), en raison de son impact général sur l’environnement, est un problème d’une portée mondiale et demande que ses implications juridiques, écologiques et éthiques soient examinées par un organe international indépendant avant la poursuite des travaux de recherche et la réalisation d’essais; déplore que le gouvernement des Etats-Unis ait à maintes reprises refusé d’envoyer un représentant pour apporter un témoignage sur les risques que comporte pour l’environnement et la population le projet HAARP finance actuellement en Alaska, durant l’audition publique ou à l’occasion d’une réunion subséquente de sa commission compétente;
25. demande à l’organe chargé de l’évaluation des choix scientifiques et techniques (STOA) d’accepter d’examiner les preuves scientifiques et techniques fournies par tous les résultats existants de la recherche sur le programme HAARP aux fins d’évaluer la nature et l’ampleur exactes du danger que HAARP représente pour l’environnement local et mondial et pour la santé publique en général;
26. invite la Commission à examiner les incidences éventuelles sur l’environnement et la santé publique du programme HAARP pour l’Europe arctique et à lui faire rapport sur le résultat de ses investigations;
27. demande que soit établi un accord international visant à interdire à l’échelle mondiale tout développement et de ́ploiement d’armes qui pourraient ouvrir la porte à toute forme de manipulation de l’homme;
Le Parlement européen le Jeudi, 28 janvier 1999

GRIP

"Internationalisation de l'Amazonie ?"



Au cours d’un débat dans une université américaine en mai 2000, Cristovam Buarque fut interrogé à propos de l’idée
d’internationalisation de l’Amazonie. Un jeune Américain lança le débat en disant qu’il espérait la réponse d’un humaniste et non pas celle d’un Brésilien. Voici la réponse de Cristovam Buarque, publiée par O Globo le 23 octobre 2000.

"En effet, en tant que Brésilien, je m’élèverais tout simplement contre l’internationalisation de l’Amazonie. Quelle que soit l’insuffisance de l’attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre.En tant qu’humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l’Amazonie, je peux imaginer que l’Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l’importance pour toute l’humanité. Si, au nom d’une éthique humaniste, nous devions internationaliser l’Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier. Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l’humanité que l’Amazonie l’est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d’augmenter ou de diminuer l’extraction de pétrole, comme d’augmenter ou non son prix.(...)

Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des États-unis ont soutenu l’idée d’une internationalisation des réserves florestales du monde en échange d’un effacement de la dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s’assurer que tous les enfants du monde aient la possibilité de manger et d’aller à l’école. Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu’ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l’attention du monde entier. Davantage encore que l’Amazonie.
Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l’Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu’ils devraient aller à l’école ; ils ne les laisseront pas mourir alors qu’ils devraient vivre.

En tant qu’humaniste, j’accepte de défendre l’idée d’une internationalisation du monde.
Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l’Amazonie soit à nous. Et seulement à nous !"
ldh

" INFO ou INTOX ??!! " sur le devenir de l'AMAZONIE

Tout d'abord, il est important de dire que ce discours n'est ni daté, ni localisé précisément : il a été tenu dans une Université nord-américaine, mais on n'en sait pas plus sur la date et le lieu précis.(...)

Précisons de quoi parlent les Brésiliens lorsqu'ils évoquent l'internationalisation de l'Amazonie : il s'agirait de donner à cette dernière un statut proche de celui des eaux continentales internationales, voir même de l'Antarctique (divisée en zones placées sous la juridiction d'un pays occidental). Un tel projet n'a jamais été déposé, sous quelque forme que ce soit, dans un quelconque parlement, ni été le programme d'un quelconque candidat ; il n' existe d'ailleurs aucune base juridique pour une telle dépossession dans l'histoire contemporaine.(...)

De fait, l'argumentation du dossier spécial à l'intérieur de la publication utilise l'épouventard (3) de l'internationalisation de l'Amazonie pour s'opposer à la création d'une Unité de conservation, l'unité Verde para sempre du municipe de Proto de Moz, qui a été menée dans la région, suite à la demande des population riveraines de cette réserve et avec l'appui du mouvement syndical local, de l'église catholique, d'Organisation Non Gouvernementales telles que Greenpeace et de l'Etat fédéral brésilien, contre l'avis de ces élites locales. En fait, ce journal représente les intérêts d'une certaine bourgeoisie parasense qui a tout intérêt à s'opposer à la création de telles unités de conservations. en effet, la vocation de ces unités serait de donner un statut foncier à ces terres, empêchant ainsi les exploitants forestiers et les grands propriétaires terriens de se les approprier.(...)

(3).Référence à l'être magique qui, dans Harry Potter, prend la forme de la peur la plus grande de la personne qui croise son chemin.
Cnrs-intergéo

samedi 16 mai 2009

" 1984 " de George Orwell ( 1949 )




LA GUERRE C’EST LA PAIX

LA LIBERTE C’EST L’ESCLAVAGE

L’IGNORANCE C’EST LA FORCE




Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées. Déjà, dans la onzième édition, nous ne sommes pas loin de ce résultat. Mais le processus continuera encore longtemps après que vous et moi nous serons morts. Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. Il n’y a plus, dès maintenant, c’est certain, d’excuse ou de raison au crime par la pensée. C’est simplement une question de discipline personnelle, de maîtrise de soi-même. Mais même cette discipline sera inutile en fin de compte. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait.(...)

Le mot « guerre », lui-même, est devenu erroné. Il serait probablement plus exact de dire qu’en devenant continue, la guerre a cessé d’exister. La pression particulière qu’elle a exercée sur les êtres humains entre l’âge néolithique et le début du vingtième siècle a disparu et a été remplacée par quelque chose de tout à fait différent. L’effet aurait été exactement le même si les trois super-États, au lieu de se battre l’uncontre l’autre, s’entendaient pour vivre dans une paix perpétuelle, chacun inviolé à l’intérieur de ses frontières. Dans ce cas, en effet, chacun serait encore un univers clos, libéré à jamais de l’influence assoupissante du danger extérieur. Une paix qui serait vraiment permanente serait exactement comme une guerre permanente. Cela, bien que la majorité des membres du Parti ne le comprenne que dans un sens superficiel, est la signification profonde du slogan du Parti : La guerre, c’est la Paix. (...)

Le livre le passionnait ou, plus exactement, le rassurait. Dans un sens, il ne lui apprenait rien de nouveau, mais il n’en était que plus attrayant. Il disait ce que lui, Winston, aurait dit, s’il lui avait été possible d’ordonner ses pensées éparses. Il était le produit d’un cerveau semblable au sien mais beaucoup plus puissant, plus systématique, moins dominé par la crainte.

« Les meilleurs livres, se dit-il, sont ceux qui racontent ce que l’on sait déjà. » (...)

La raison en est, en partie, que, dans le passé, aucun gouvernement n’avait le pouvoir de maintenir ses citoyens sous une surveillance constante. L’invention de l’imprimerie, cependant, permit de diriger plus facilement l’opinion publique. Le film et la radio y aidèrent encore plus. Avec le développement de la télévision et le perfectionnement technique qui rendit possibles, sur le même instrument, la réception et la transmission simultanées, ce fut la fin de la vie privée.

Tout citoyen, ou au moins tout citoyen assez important pour valoir la peine d’être surveillé, put être tenu vingt-quatre heures par jour sous les yeux de la police, dans le bruit de la propagande officielle, tandis que tous les autres moyens de communication étaient coupés. La possibilité d’imposer, non seulement une complète obéissance à la volonté de l’État, mais une complète uniformité d’opinion sur tous les sujets, existait pour la première fois. (...)

Les noms mêmes des quatre ministères qui nous dirigent font ressortir une sorte d’impudence dans le renversement délibéré des faits. Le ministère de la Paix s’occupe de la guerre, celui de la Vérité, des mensonges, celui de l’Amour, de la torture, celui de l’Abondance, de la famine. Ces contradictions ne sont pas accidentelles, elles ne résultent pas non plus d’une hypocrisie ordinaire, elles sont des exercices délibérés de doublepensée.

Orwell 1984.pdf ( www.ebooksgratuits.com )

La Russie dans l'ombre (1920) par H. G. Wells


Certains diront : Cet amoncellement de misères, cette agonie de l´énergie d´un peuple est l´œuvre, précisément, du système bolchevique de gouvernement. Pour ma part, je n'en crois rien. Mais qu´on me permette de dire que la désolation de la Russie actuelle n´est nullement le résultat d´attaques contre un bon système social, battu en brèche par une force malfaisante mais manifeste, bien plutôt l'usure et l´effondrement d´un système qui était défectueux.Ce n´est pas le communisme qui a construit ces villes monstrueuses ou la vie, toujours précaire, peut devenir à tout moment soudainement impossible par suite d´une crise quelconque. C´est le capitalisme qui les a édifiées.Ce n´est pas le communisme qui a plongé dans les horreurs d' une guerre de six ans cet immense empire menacé de faillite, dont depuis longtemps le monde entier percevait les craquements sinistres. Cette guerre est née de l´impérialisme européen.Ce n´est pas non plus le communisme qui, la grande guerre terminée, a continué à harceler sans relâche la Russie souffrante - mourante peut être - en soudoyant des bandes d´envahisseurs, des insurrections, et en lui infligeant ce honteux blocus de tortionnaire.Le créancier français vindicatif, le journaliste anglais imbécile sont bien plus responsables du désordre et des souffrances russes que le plus farouche des communistes.(...)

Et maintenant, qui sont ces bolchevistes qui ont sur la Russie une emprise si réelle? Si l'on en croit la fraction la plus sotte de a presse britannique, ils seraient les agents l'une mystérieuse conspiration raciale, d'une association secrète où juifs, francs-maçons et Allemands se mélangent de la façon la plus insensée. En réalité, rien ne fut jamais moins secret que les idées, les buts, les méthodes des bolchevistes. Rien ne ressemble moins à une société secrète que leur organisation. Mais, dans nos pays, nous nous complaisons à une certaine façon de penser si étrangère aux idées générales que nous en sommes réduits à imaginer des complots pour expliquer les réactions les plus simples de l'esprit humain. Un journalier s'agite-t-il parce qu'il trouve que le prix des souliers de ses enfants s'est accru d'une façon disproportionnée à son salaire de semaine ; proclame-t-il que lui et ses camarades sont volés et insuffisamment payés : immédiatement, les rédacteurs de nos grands journaux feront doctement remonter la cause du ressentiment de ce pauvre bougre à l'insidieuse propagande de quelque mafia de Kœnigsberg ou de Pékin. Ils ne peuvent concevoir, sans cela, que de pareilles idées aient pu lui venir en tête. Cette manie de la conspiration est si répandue que je me vois obligé d'affirmer ici que je n'en suis pas atteint. Les bolchevistes me paraissent être tout à fait les hommes qu'ils font profession d'être. Et je crois de mon devoir de les traiter comme des gens habituellement sincères. Je ne partage leurs vues, ni n'approuve leurs procédés; mais ceci est une autre affaire.(...)

En somme, le marxisme n'est point dû aux doctrines de Marx, mais bien plutôt au fait que notre système économique est stupide, égoïste, gaspilleur et anarchique. L'organisation communiste a muni les rebelles de certains apophtegmes et mots de passe : « Travailleurs du monde, unissez-vous !... », etc. Elle a implanté en ses adeptes la notion d'une grande conspiration fomentée contre le bonheur de l'humanité par quelque corps mystérieux de méchants hommes appelés capitalistes. Car, dans le monde à mentalité affaiblie où nous vivons, cette manie de la conspiration que je signalais tout à l'heure chez les partisans de l'ordre établi, trouve sa contrepartie chez les récalcitrants ; et il est difficile de convaincre un marxiste que les capitalistes ne sont au total qu'une masse confuse d'hommes à courtes vues et collectivement d'esprit mesquin.

La Russie dans l'ombre (extrait)

vendredi 15 mai 2009

"Discours de la servitude volontaire" ( 1576 ) par Étienne de La Boétie


D'où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n'est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s'il n'était d'intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n'étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ?


Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal et aveugles à votre bien ! Vous vous laissez enlever sous vos yeux le plus beau et le plus clair de votre revenu, vous laissez piller vos champs, voler et dépouiller vos maisons des vieux meubles de vos ancêtres ! Vous vivez de telle sorte que rien n'est plus à vous. Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu'on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tous ces dégâts, ces malheurs, cette ruine, ne vous viennent pas des ennemis, mais certes bien de l'ennemi, de celui-là même que vous avez fait ce qu'il est, de celui pour qui vous allez si courageusement à la guerre, et pour la grandeur duquel vous ne refusez pas de vous offrir vous-mêmes à la mort. (...)

D'où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n'est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s'il n'était d'intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n'étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ? Vous semez vos champs pour qu'il les dévaste, vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries, vous élevez vos filles afin qu'il puisse assouvir sa luxure, vous nourrissez vos enfants pour qu'il en fasse des soldats dans le meilleur des cas, pour qu'il les mène à la guerre, à la boucherie, qu'il les rende ministres de ses convoitises et exécuteurs de ses vengeances. (...)

Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements étaient ceux qu'employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples abrutis, trouvant beaux tous ces passe-temps, amusés d'un vain plaisir qui les éblouissait, s'habituaient à servir aussi niaisement mais plus mal que les petits enfants n’apprennent à lire avec des images brillantes.(...) 

Il en a toujours été ainsi: cinq ou six ont eu l'oreille du tyran et s'en sont approchés d'eux-mêmes, ou bien ils ont été appelés par lui pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés et les bénéficiaires de ses rapines. Ces six dressent si bien leur chef qu'il en devient méchant envers la société, non seulement de sa propre méchanceté mais encore des leurs. Ces six en ont sous eux six cents, qu'ils corrompent autant qu'ils ont corrompu le tyran. Ces six cents en tiennent sous leur dépendance six mille, qu'ils élèvent en dignité. Ils leur font donner le gouvernement des provinces ou le maniement des deniers afin de les tenir par leur avidité ou par leur cruauté, afin qu'ils les exercent à point nommé et fassent d'ailleurs tant de mal qu'ils ne puissent se maintenir que sous leur ombre, qu'ils ne puissent s'exempter des lois et des peines que grâce à leur protection. Grande est la série de ceux qui les suivent. Et qui voudra en dévider le fil verra que, non pas six mille, mais cent mille et des millions tiennent au tyran par cette chaîne ininterrompue qui les soude et les attache à lui(...)

En somme, par les gains et les faveurs qu'on reçoit des tyrans, on en arrive à ce point qu'ils se trouvent presque aussi nombreux, ceux auxquels la tyrannie profite, que ceux auxquels la liberté plairait.

  classiques.uqac.ca

Le NAIRU " Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment"



Le Nairu, Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment, ou Taux de chômage n’accélérant pas l’inflation, formalise le concept clé des politiques macro-économiques depuis la révolution monétariste.




Depuis cette époque, l’objectif majeur de toutes les politiques est de lutter contre l’inflation, pas de préserver le plein emploi.

Or le plein emploi est inflationniste, car il permet aux salariés de revendiquer des hausses de salaires. Il convient donc de maintenir le chômage à un niveau suffisant - le NAIRU - pour contenir ces vélléités.

Comment ? En haussant le taux d’intérêt au moindre frémissement de l’inflation. Avec l’augmentation du loyer de l’argent sa circulation se ralentit, l’activité économique se ralentit également, les entreprises licencient, le chômage augmente, et les salaires, eux, n’augmentent pas.

Vous en doutez ? Voici un graphique établi par le Crédit Agricole, qui illustre à la perfection la relation entre salaire et emploi.


Contre Info

Il est en effet beaucoup plus facile de réduire l'inflation que le chômage, et toute politique qui y parvient est réputée courageuse, en raison même des souffrances sociales qu'elle inflige. Pour terrasser l'inflation, il suffit en effet d'augmenter les taux d'intérêt et d'accepter un niveau de chômage élevé. [...] On inventa le concept de NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment) pour dire précisément le danger inflationniste que comportait toute tentative de réduction du chômage. En somme, le chômage élevé était un phénomène équilibre ! "

Et un peu plus loin, à son interlocuteur qui ajoute " vous êtes en train de dire qu'au fond, obsédé par la lutte contre l'inflation, on a littéralement consenti au chômage ", FITOUSSI répond :

" Pis que ça ! On a dans une première phase instrumentalisé le chômage pour combattre l'inflation. Chaque " banquier central " de la planète sait que, dès qu'il augmente les taux d'intérêt, il met au chômage une partie des catégories les plus vulnérables de la population. "

Et la phrase qui dit toute l'hypocrisie, le cynisme et au mieux l'ignorance des discours sur le chômage que ce site vise à dénoncer, mérite d'être écrite en capitales :

" NON SEULEMENT IL LE SAIT, MAIS C'EST PRECISEMENT POUR ÇA QU'IL LE FAIT ".

Jean-Paul FITOUSSI, économiste, directeur de l'OFCE. Dans La politique de l'impuissance, page 43, Arléa, 2005.

« Les réformes structurelles, qui commencent par générer des coûts avant de produire des avantages, peuvent se heurter à une opposition politique moindre si le poids du changement politique est supporté dans un premier temps par les chômeurs. En effet, ces derniers sont moins susceptibles que les employeurs ou les salariés en place de constituer une majorité politique capable de bloquer la réforme, dans la mesure où ils sont moins nombreux et souvent moins organisés »

Perspectives de l'emploi de l'OCDE (2006)

NAIRU le Nom de la RUSE

dimanche 10 mai 2009

"Administration indienne et démocratie directe" Indios (1931) par B. Traven


Dans un discours en langue indienne, dit en vers, l’un des hommes explique le but de l’acte qu’il va accomplir. Dès qu’il a terminé son discours, il place le pot plein de braises sous le postérieur dénudé du nouveau chef. Dans son discours, il a expliqué que ce feu placé sous le derrière du chef dignement assis sur son siège officiel doit lui rappeler qu’il n’y est pas installé pour s’y reposer, mais pour travailler pour le peuple. Il doit demeurer vif et zélé même lorsqu’il est installé officiellement. En outre, il ne doit pas oublier qui a glissé ce feu sous son séant, c’est-à-dire la tribu qui désignera le cacique de l’année à venir, et ceci pour lui mettre en mémoire qu’il ne doit pas se cramponner à sa place, mais la céder dès que son mandat sera écoulé, afin d’éviter un règne à vie ou une dictature qui serait néfaste au bien du peuple. S’il venait jamais à s’accrocher à son poste, on lui mettrait sous les fesses un feu si grand et si long qu’il ne resterait rien de lui ni du siège.

Dès que le pot empli de braises ardentes a été glissé sous le siège, des maximes rimées sont dites par un homme de la tribu dont l’élu se retire, un homme de la tribu qui élira le jefe l’année suivante et un homme de la tribu dont est issu le cacique nouvellement investi.

Tant que la récitation des sentences n’est pas terminée, le nouveau chef ne doit pas se lever de son siège. La durée de l’épreuve dépendra de la popularité ou de l’impopularité de l’élu parmi ses frères de race. Les récitants pourront soit psalmodier les rimes lentement et précautionneusement, ou bien les dire avec toute la hâte permise sans trahir ouvertement leur intention. Lorsque l’homme qui doit parler à son tour a l’impression que ceux qui l’ont précédé ont été trop rapides, il a le droit de réparer le dommage très largement par une lenteur redoublée de son discours.

Le chef, quelles que soient ses sensations, ne doit manifester d’aucune manière, grimace ou geste, les effets de la chaleur sur sa personne. Bien au contraire, lorsque tous les aphorismes ont été récités, il ne se relève pas immédiatement, heureux d’en avoir terminé avec la séance de réchauffage ; il reste au contraire assis un bon moment pour bien montrer qu’il n’a pas l’intention de fuir devant les peines que l’exercice de ses fonctions pourraient lui préparer. Assez souvent il se met même à plaisanter, ce qui augmente la gaieté des hommes qui le regardent et attendent avec impatience qu’il laisse apparaître son inconfort pour pouvoir se moquer de lui. Mais plus les plaisanteries sont alertes, plus longtemps il reste assis et plus le respect et la confiance qu’il inspire grandissent.

Il cherche à reporter le ridicule sur les autres. Il dit à l’un : « Alors, gringalet, tu n’as pas de poumons, comment veux-tu donner à ta femme les moyens de faire une bonne soupe si tu es trop faible pour souffler sur le feu sous mon cul pour que je me réchauffe un peu.Hé ! toi, Eliseo, viens ici gratter la glace qui se dépose sur mon derrière.»

Les braises sont à peu près éteintes. Le chef se lève lentement. La glace dont il parlait n’est cependant pas tout à fait inoffensive. La peau est couverte de grosses cloques et, en de nombreux endroits, de plaques noirâtres que l’on peut sentir de loin. Un ami s’approche de lui, lui enduit les fesses d’huile et lui applique un pansement de feuilles écrasées tandis qu’un autre lui offre de grands verres de tequila.

Pendant de longues semaines, le nouveau chef n’oubliera pas sur quoi il est assis. Pendant les premiers mois qui suivent son entrée en fonction, cela l’aide considérablement à gouverner selon les désirs exprimés par la nation au cours de son élection.

A contretemps

mercredi 6 mai 2009

"les habits de la nature" de Hans Silvester



"Théâtre de conflits tribaux et d'incessantes guérillas, livrée aux trafics de l'ivoire et des armes, la vallée de l'Omo accueille pourtant, quand se taisent les kalachnikovs, d'étonnantes et très pacifiques manifestations rituelles. Parmi la quinzaine de tribus présentes dans cette région du Rift depuis des temps immémoriaux, les Surma et les Mursi, peuples amis, partagent un même goût pour les peintures corporelles et les parures les plus extravagantes empruntées à la nature. Les premiers privilé gient les ressources végétales, quand les seconds, essentiellement chasseurs, recherchent les trophées en tout genre, cornes de buffle, dents de phacochère, peaux de singes..."
"Si l'on excepte les cendres dont les bergers s'enduisent parfois le corps pour se protéger du soleil et des mouches, nombreuses à proximité des troupeaux, on serait pourtant en peine de trouver des occasions spécifiques, qu'elles soient utilitaires, festives ou rituelles, à la création de peintures corporelles, même chez les adultes. On se peint comme ça, par hasard, un jour, ou le lendemain."...

"La seule trace d'une signification rituelle qu'il m'ait été donné d'observer fut au lendemain d'un orage incroyable, illuminant la nuit d'éclairs. Après ce déluge, qui avait emporté tentes, cabanes, arbres, tout le monde au village arborait trois traits de couleur verte sur le front, tracés succinctement avec trois doigts. Ces signes étaient, aux dires des interprètes, une manière de conjurer le mauvais dieu de l'orage, d'apaiser sa puissance nuisible. Mais le lien semble bien ténu entre peintures corporelles et divinités, même si les tribus se montrent peu loquaces sur ces questions et, en l'occurrence ici, d'une pauvreté expressive - trois simples traits. Toute pratique codée rend il est vrai beaucoup moins libre."..

regard_eloigne

Hans Silvester

lundi 4 mai 2009

"Le royaume enchanté de Tony Blair" par Philippe Auclair


La grammaire bancale, les accrétions terminologiques arbitraires, les néologismes déroutants du New Labour ne servent pas seulement à dissimuler la vacuité ou le non-dit menaçant du propos, mais aussi et surtout à définir un espace linguistique dans lequel on ne peut se déplacer, et donc interroger, qu'en acceptant la validité d'un langage débarrassé de sa chair et de son sang.



Mais cette langue, si absconse qu'elle paraisse, charrie un sens ; elle enfile les mots d'ordre comme des boules de buis sur un chapelet. « Objectifs », « progrès », « modernisation » – rien qu'à aligner ces trois mots, je crois entendre le timbre du Premier Ministre les énonçant depuis son perchoir à la conférence annuelle du Parti travailliste, laissant quelques secondes pleines de sens s'écouler entre chacun d'eux. Cette langue est un mot d'ordre en ce qu'elle ne détermine pas seulement le lieu d'où l'on parle, mais aussi celui d'où l'on écoute. Son pouvoir aliénant est tel que quiconque questionne ses assertions et leurs substrats se retrouve, de bon ou de mauvais gré, et le plus souvent sans en avoir conscience, contraint d'emprunter sa logique tortueuse, ses euphémismes et ses scénarios mensongers. (...)

Au 1er janvier 2006, on dénombrait 1 530 000 sans-emploi au Royaume-Uni. Pour 2,7 millions de « malades » — 1,6 million d'hommes et 1,11 million de femmes qui ne pouvaient être pris en compte dans les statistiques du chômage par la grâce d'un certificat médical. On aura peut-être du mal à mesurer l'énormité de ces chiffres si on ne les met pas en rapport avec ce qu'ils étaient dans un passé pas si lointain, et avec ceux que l'on relève ailleurs en Europe. Le nombre de ces « malades » incapables de travailler n'atteignait pas 600 000 en 1981. Vingt-cinq ans plus tard, il avait donc été multiplié par près de quatre!(...)
Le miracle blairien, c'est aussi cela : un enfant sur trois qui vit en dessous du seuil de pauvreté. Un enfant sur cinq qui mange moins de trois repas par jour.(...)

Quatre des catastrophes ferroviaires les plus meurtrières de l'après-guerre (...) étaient directement ou indirectement
imputables à la « rationalisation » du réseau et de son fonctionnement, au vieillissement de son infrastructure, aux licenciements massifs qui avaient suivi la privatisation, à une culture d'entreprise dans laquelle l'échange gratuit d'informations entre spécialistes – modus operandi entre les différents services de British Rail – était interdit au nom de la « confidentialité commerciale ».(...)

Le syndicat des cheminots britanniques (RMT) a établi que, dans les dix années qui ont suivi la privatisation (1993-2003), les opérateurs de trains de passagers ont dégagé un bénéfice cumulé de 1,46 milliard d'euros. Ils n'ont pu le faire que parce que, dans le même temps, les subsides affluaient de la part des contribuables : 2,9 milliards d'euros pour la seule période 2003-2004.(...)Les trains britanniques sont aujourd'hui les plus chers d'Europe ; sur certaines lignes, ils sont même les plus chers du monde.(...)

Cette logique délirante dans laquelle infuse le New Labour n'est pas moins folle que celle des planificateurs soviétiques. C'est elle qui convainc quelques décideurs que payer 1,77 milliard d'euros à un investisseur privé pour un hôpital qui n'a coûté que 232 millions d'euros à construire, c'est, ma foi, une excellente affaire(...)

"Le royaume enchanté de Tony Blair" ( PDF )

samedi 2 mai 2009

"Propaganda" de Edward Bernays (1928)


Edward L. Bernays est généralement reconnu comme l'un des principaux créateurs (sinon le principal) de l'industrie des relations publiques et donc comme le père de ce que les Américains nomment le spin, c'est-à-dire la manipulation – des nouvelles, des médias, de l'opinion – ainsi que la pratique systématique et à large échelle de l'interprétation et de la présentation partisanes des faits (...)

On assiste durant ces années à l'avènement des trusts et des firmes (ou corporations), entités immensément puissantes et bientôt dotées d'une reconnaissance légale comme personnes morales immortelles.(...)

Leur recherche d'efficacité et de rentabilité produit des phénomènes profondément inquiétants de concentration de capitaux, de formation de monopoles (ou du moins de quasi-monopoles), en plus de générer des crises économiques à répétition – il y en eut en 1873, en 1893 ; il y en aura de nouvelles, en 1907, en 1919 et en 1929. Celles-ci apportent « le froid, la faim et la mort aux gens du peuple, tandis que les Astor, les Vanderbilt, les Rockefeller et les Morgan poursuivent leur ascension, en temps de paix comme en temps de guerre, en temps de crise comme en temps de croissance(...)

Se profile alors un projet politique que Bernays va assumer et s'efforcer de réaliser. Il s'agit, selon les termes de Lippmann, de faire en sorte que la masse se contente de choisir, parmi les membres des « classes spécialisées », les « hommes responsables », auxquels il reviendra de protéger la richesse de la nation. Pour que la masse se contente de jouer ce rôle, il sera nécessaire d'opérer ce que Lippmann décrit comme une « révolution dans la pratique de la démocratie », à savoir la manipulation de l'opinion et la « fabrication des consentements », indispensables moyens de gouvernement du peuple.

« Le public doit être mis à sa place, écrit Lippmann, afin que les hommes responsables puissent vivre sans craindre d'être piétinés ou encornés par le troupeau de bêtes sauvages(...)

Dans Propaganda, il écrit : « La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays(...)

ZONES
Quelle est la différence entre un optimiste et un pessimiste ?

L'optimiste pense que l'on vit dans le meilleur des mondes possibles.
Le pessimiste pense que malheureusement c'est vrai.